Du rêve à la réalité
Google Photos paraît parfait. Une galerie où tous vos souvenirs sont synchronisés, organisés, sécurisés, accessible de partout. Pendant des années, c'était gratuit. Puis les règles ont changé.
Aujourd'hui, vous avez une grosse photothèque chez Google. Et un jour vous vous posez LA question : "Et si je veux partir ? Est-ce que je peux vraiment récupérer tout ça ?"
Oui, techniquement. Mais ce que vous allez découvrir, c'est que la simplicité apparente de Google Photos cache une complexité bien réelle au moment de la sortie. Le volume fragmente l'export en dizaines d'archives, les doublons gonflent les fichiers… et surtout, les métadonnées de vos photos (date, GPS, description) ne sont pas restituées dans les fichiers eux-mêmes : Google les place dans des fichiers JSON séparés. Conséquence directe : ce que vous récupérez est inutilisable tel quel dans un autre cloud, un NAS, ou un service de souvenirs.
Les vraies difficultés : au-delà du simple téléchargement
1. Le volume : quand l'export se fragmente
Le point de départ est Google Takeout, l'outil officiel pour exporter vos données Google. Vous sélectionnez "Google Photos", vous choisissez le format ZIP, et vous cliquez sur "Télécharger".
Si votre photothèque fait 5 Go, pas de souci. Un fichier ZIP, vous décompressez, c'est fini.
Mais si vous avez 100 Go ? 200 Go ? Google Takeout va fragmenter l'export en dizaines d'archives différentes. Un export de 150 Go peut facilement faire 30 à 50 fichiers ZIP à télécharger, vérifier, recopier, décompresser.
Téléchargements interrompus
Sur les très gros volumes, des fichiers peuvent échouer à mi-téléchargement. Il faut relancer et vérifier l'intégrité de chaque archive.
Espace disque × 3
Vous avez besoin de trois fois l'espace de votre photothèque : une fois pour les ZIP, une fois pour les décompressés, une fois pour la destination finale.
Le temps
Avec une connexion résidentielle classique, un export de 100 Go+ peut prendre plusieurs jours. Planifiez en conséquence.
2. La structure : les doublons et l'organisation perdue
Une photo n'existe qu'une seule fois dans votre bibliothèque Google Photos. Mais elle peut apparaître dans votre galerie principale, dans plusieurs albums, potentiellement en tant que copie.
Quand vous exportez, l'export restitue souvent cette structure de manière littérale. Résultat : une même photo peut se retrouver dans plusieurs dossiers — une multiplication de copies qui gonfle encore votre volume local et crée de la confusion.
De plus, l'organisation que vous aviez en tête dans Google Photos (albums, collections par date, tags implicites) ne se transfère pas nécessairement. Vous récupérez les fichiers, pas "la mémoire" telle qu'elle était organisée.
3. Le piège majeur : les métadonnées EXIF externalisées dans des fichiers JSON
C'est le point le plus critique de tout l'export Google Photos, et pourtant celui dont on parle le moins. Vos photos et vidéos ont normalement des métadonnées EXIF intégrées directement dans le fichier : date et heure de prise de vue, coordonnées GPS, modèle d'appareil, orientation, paramètres de l'optique. C'est ce qui permet à n'importe quel logiciel (Apple Photos, Synology Photos, Immich, Nextcloud, MonEcrin…) de classer automatiquement vos souvenirs par date et par lieu.
Google Takeout ne respecte pas ce standard. Au lieu de laisser les EXIF dans les fichiers JPEG/MP4/HEIC, Google les extrait et les stocke dans un fichier JSON séparé, à côté de chaque photo. Concrètement, vous récupérez :
Ce que vous trouvez réellement dans l'archive
IMG_20230815_142233.jpg ← la photo, EXIF amputée
IMG_20230815_142233.jpg.supplemental-metadata.json ← date, GPS, description
VID_20230815_142500.mp4 ← la vidéo, sans métadonnées
VID_20230815_142500.mp4.supplemental-metadata.json ← date, GPS, description
La date de prise de vue, la géolocalisation, la description que vous aviez tapée dans Google Photos : tout est dans le JSON, pas dans la photo.
Conséquence directe : vos fichiers sont inutilisables tels quels
Si vous prenez ces JPEG ou MP4 et que vous les déposez dans n'importe quel autre service — iCloud, Synology, Immich, un NAS personnel, MonEcrin, un autre cloud — il se passera ceci :
- Les photos seront classées à la date du téléchargement (mai 2026, pas août 2023)
- La géolocalisation a disparu : impossible de retrouver vos vacances par carte
- Les descriptions et tags rentrés dans Google Photos sont orphelins dans des JSON ignorés
- Les vues "souvenirs il y a 5 ans" ne fonctionneront plus puisqu'elles s'appuient sur l'EXIF
- Le tri chronologique de votre photothèque entière est cassé
Autrement dit : vous récupérez bien les pixels de vos photos, mais vous perdez la mémoire qui les rendait organisables. Pour un service censé être l'archive de vos souvenirs, c'est un défaut majeur — et largement sous-estimé tant qu'on n'a pas tenté la migration.
La seule parade : ré-injecter les JSON dans les fichiers
Il existe des outils (exiftool, Google Photos Takeout Helper, Immich CLI) capables de lire chaque .json, d'extraire la date et le GPS, puis de les ré-écrire dans l'EXIF du JPEG ou les métadonnées XMP du MP4. Mais c'est une opération en ligne de commande, qui doit tourner pendant des heures sur 100 Go, échoue silencieusement sur certaines vidéos, et dont aucun utilisateur non technique ne soupçonne l'existence avant d'avoir tout cassé.
4. Les fichiers corrompus ou manquants
Sur les très gros exports, quelques retours d'utilisateurs signalent des fichiers corrompus ou illisibles après décompression, des fichiers manquants découverts après coup, ou des limites techniques temporaires de Google qui forcent à recommencer l'opération plusieurs jours plus tard.
Si vous avez 50 000 photos, vérifier que vous les avez TOUTES est un travail en soi.
Comment bien s'en sortir : guide pratique
Préparation : évaluer la charge réelle
Avant tout, allez dans Paramètres de Google Photos et consultez l'espace utilisé. Soyez réaliste sur le volume. Si c'est plus de 50 Go, prévoyez un projet, pas une opération d'une heure.
Export : faire ça bien
Utiliser Google Takeout
Allez sur takeout.google.com, décochez tout sauf Google Photos. Choisissez le format ZIP.
Limiter la taille des archives
Pour les grosses bibliothèques (100 Go+), réglez la taille max des archives à 4 Go ou moins pour éviter une explosion du nombre de fichiers.
Vérifier l'intégrité
Google Takeout fournit des hashes MD5 ou SHA pour chaque archive. Si un fichier est corrompu, relancez juste celui-là.
Nettoyer les doublons
Après décompression, utilisez un outil dédié (dupeGuru, AllDup) pour éliminer les copies multiples avant d'organiser.
Ré-injecter les EXIF depuis les JSON
Étape obligatoire avant toute migration : utiliser exiftool ou Google Photos Takeout Helper pour ré-écrire date et GPS dans chaque fichier. Sans ça, votre nouveau cloud classera tout à la date du téléchargement.
Ne pas supprimer les .json
Les fichiers .supplemental-metadata.json contiennent vos vraies métadonnées. Tant qu'elles ne sont pas réinjectées dans les photos, ne supprimez surtout pas ces JSON — vous perdriez définitivement vos dates et GPS.
Les trois clés du succès
Patience : le téléchargement peut prendre des jours, ne précipitez pas. Méthode : planifiez, classifiez, comparez. Vérification : ne croyez pas que c'est fini parce que vous avez téléchargé — vérifiez vraiment que vous avez tout.
Anticiper plutôt que subir
Récupérer ses photos depuis Google Photos est possible. Mais c'est rarement simple, surtout si vous attendez trop longtemps.
Sur une petite bibliothèque (moins de 20 Go), l'opération reste accessible. Sur un gros volume, elle devient un vrai projet avec des arbitrages réels : temps à consacrer, espace disque à libérer, qualité de conservation.
Mais le point qu'il faut surtout retenir, c'est que récupérer le fichier ne suffit pas. Sans la ré-injection des métadonnées EXIF stockées dans les JSON, vos photos arrivent dans le service de destination sans date, sans lieu, sans contexte. C'est techniquement une migration ; en pratique, c'est une perte de mémoire. Choisir un service de souvenirs qui respecte le standard EXIF dès le départ — c'est-à-dire qui n'externalise pas vos métadonnées dans des sidecars propriétaires — est la seule façon de garantir que vos archives resteront utilisables sur le long terme.
Le bon réflexe n'est pas d'attendre une urgence pour exporter, mais d'anticiper avant que la photothèque ne devienne trop grande. Vos souvenirs sont des archives personnelles, parfois irremplaçables. Elles méritent une stratégie, pas un bricolage de dernière minute.
La suite de cette série
Récupérer 1,2 To depuis Google Photos : REX d'une vraie migration — le pendant pratique de cet article : 24 archives, une journée de téléchargement, 7 h 23 de décompression, 800 000 fichiers et le piège du nouveau format JSON.
Google Photos : le vrai coût et ce que Google fait de vos données — tarifs, exploitation des données, RGPD et lock-in.
Alternatives à Google Photos : reprendre le contrôle de vos souvenirs — self-hosted, NAS, cloud souverain.
Récupérer vos photos et reprendre le contrôle
MonEcrin est l'alternative souveraine française à Google Photos. Hébergement en France, chiffrement AES-256, essai gratuit 1 mois.